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Auto-entrepreneur ou portage salarial : pourquoi le net est si différent
Pour un même chiffre d'affaires facturé, la micro-entreprise et le portage salarial ne laissent pas du tout le même montant net en fin de mois. Ce n'est pas un hasard ni une arnaque d'un côté : c'est le prix de deux logiques différentes, l'une plus légère administrativement, l'autre plus protectrice socialement. Voici l'écart chiffré, et ce qu'il représente concrètement.
Deux statuts, deux façons de transformer le CA en revenu
En micro-entreprise (auto-entrepreneur), le chiffre d'affaires facturé subit des cotisations sociales forfaitaires — de l'ordre de 21,2 % en BIC prestations de services et 22 % en BNC (CFP incluse) — puis un impôt sur le revenu, calculé soit selon le barème classique sur le CA après abattement forfaitaire (50 % en BIC, 34 % en BNC), soit via le versement libératoire optionnel (taux forfaitaire d'environ 1,7 % en BIC ou 2,2 % en BNC, sous conditions de revenu fiscal de référence).
En portage salarial, une société de portage facture la prestation pour le compte du consultant, prélève des frais de gestion (généralement 5 à 10 % du CA facturé), puis convertit le solde en salaire soumis aux cotisations sociales salariales et patronales classiques — les mêmes que pour n'importe quel salarié en CDI ou CDD. Au global, le net perçu représente en général entre 40 % et 55 % du CA facturé, contre 58 % à 76 % en micro-entreprise selon le régime fiscal choisi.
Exemple chiffré vérifié : 5 000 € de CA par mois en prestations de service
Prenons un consultant qui facture 5 000 € par mois, en BNC (prestations intellectuelles), avec une tranche marginale d'imposition (TMI) de 30 %.
Côté micro-entreprise (barème classique de l'impôt)
- Cotisations sociales : 5 000 € × 22 % = 1 100 €
- Net social (avant impôt) : 5 000 € − 1 100 € = 3 900 €
- Base imposable après abattement forfaitaire de 34 % : 5 000 € × 66 % = 3 300 €
- Impôt estimé (TMI 30 %) : 3 300 € × 30 % = 990 €
- Net final : 3 900 € − 990 € = 2 910 € / mois, soit environ 58 % du CA
Avec versement libératoire (2,2 % du CA en BNC) plutôt que le barème classique, l'impôt tombe à 5 000 € × 2,2 % = 110 €, et le net remonte à 3 900 € − 110 € = 3 790 € / mois, soit environ 76 % du CA.
Côté portage salarial
Avec un ratio net/CA courant de 47 % (résumant frais de gestion et charges sociales combinées), le même CA de 5 000 €/mois donne : 5 000 € × 47 % = 2 350 € / moisde net, soit 28 200 € sur l'année.
L'écart, en résumé
Entre le scénario le plus favorable en micro-entreprise (versement libératoire, 3 790 €) et le portage salarial (2 350 €), l'écart atteint 1 440 € par mois. Même avec le barème classique de l'impôt (2 910 €), l'écart reste de 560 € par mois en faveur de la micro-entreprise. Ce delta n'est cependant pas un gain net : il correspond à des cotisations que la micro-entreprise ne verse pas, ou verse à un taux réduit — en particulier pour l'assurance chômage et la retraite.
À quoi correspond concrètement cet écart ?
Le portage salarial prélève davantage à court terme parce qu'il ouvre des droits proches de ceux d'un salarié classique : cotisation retraite complète du régime général (donc des trimestres et des points calculés comme pour un salarié en CDI), cotisation à l'assurance chômage (ouvrant potentiellement droit à l'ARE sous conditions d'affiliation), et accès à une mutuelle d'entreprise et à la prévoyance. La micro-entreprise, à l'inverse, cotise à un taux réduit qui finance une couverture sociale de base (maladie, retraite au prorata du CA déclaré) mais n'ouvre aucun droit chômage automatique et valide moins de trimestres de retraite à CA égal.
Autrement dit, le net plus élevé en micro-entreprise n'est pas un « bonus » sans contrepartie : c'est un revenu disponible immédiatement plus important, contre une protection sociale construite différemment (et souvent plus faible en cas de coup dur) que celle du portage salarial.
Tableau comparatif
| Critère | Micro-entreprise | Portage salarial |
|---|---|---|
| Net perçu / CA (ordre de grandeur) | ≈ 58 à 76 % selon TMI et versement libératoire | ≈ 40 à 55 % selon frais de gestion et charges |
| Assurance chômage | Non (sauf droits antérieurs / ARE en cours) | Oui, cotisation classique (sous conditions d'affiliation) |
| Retraite | Trimestres validés selon CA, cotisation réduite | Cotisation retraite complète du régime général |
| Simplicité administrative | Très forte (déclaration simplifiée en ligne) | Accompagnée par la société de portage (contrats, facturation) |
| Plafond de CA | Oui : ≈ 77 700 € (BNC) / 188 700 € (BIC vente, moins pour services) | Non |
| Mutuelle / prévoyance | À la charge du micro-entrepreneur | Souvent incluse via la société de portage |
| Statut | Travailleur indépendant | Salarié (CDD ou CDI) de la société de portage |
⚠️ Chiffres indicatifs basés sur des taux simplifiés (cotisations, abattements, frais de gestion). Le droit fiscal et social français évolue chaque année : vérifiez les taux en vigueur auprès de l'URSSAF, des impôts ou d'un expert-comptable avant toute décision. Ceci ne constitue pas un conseil fiscal ou social personnalisé.
Comment se situer sans trancher à l'aveugle
Il n'existe pas de statut universellement « meilleur » : le choix dépend de la situation de chacun — montant du CA visé, durée de l'activité envisagée, besoin ou non d'une couverture chômage (par exemple en sortie de CDI avec des droits ARE à faire valoir autrement), accès à une couverture sociale via un conjoint, ou encore appétence pour la gestion administrative autonome. Un consultant qui vise une activité courte et complémentaire n'a pas les mêmes besoins qu'un professionnel qui compte vivre uniquement de son activité indépendante pendant plusieurs années. Simuler les deux options avec ses propres chiffres reste le moyen le plus fiable de mesurer l'écart réel avant de se décider.
À retenir
- Pour 5 000 €/mois de CA en BNC (TMI 30 %), le net micro-entreprise est d'environ 2 910 €/mois au barème classique, ou 3 790 €/mois avec versement libératoire.
- Pour le même CA, le net en portage salarial (ratio net/CA de 47 %) est d'environ 2 350 €/mois.
- L'écart va de 560 € à 1 440 € par mois selon le régime fiscal micro choisi — mais il reflète surtout des cotisations chômage et retraite plus complètes en portage salarial.
- Le net le plus élevé n'est pas automatiquement le meilleur choix : la protection sociale a une valeur, en particulier en cas d'interruption d'activité.
- Le choix dépend du profil : CA visé, durée d'activité, besoin de couverture chômage/retraite, autres sources de protection sociale déjà disponibles.