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Blog · Argent & finances

Pourquoi la durée légale du travail est 35h mais que très peu de salariés travaillent réellement 35h

Les « 35 heures » sont souvent présentées comme l'horaire de travail des Français. Dans les faits, une bonne partie des salariés à temps plein travaillent plus, et beaucoup d'autres travaillent moins. La confusion vient d'un malentendu sur ce que la loi impose vraiment.

Ce que la loi fixe réellement à 35 heures

En France, la durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine pour un salarié à temps plein, soit environ 151,67 heures par mois et 1 607 heures par an. Ce chiffre n'est ni un plafond qu'il serait interdit de dépasser, ni une obligation de travailler exactement ce nombre d'heures : c'est un seuil de déclenchement. Toute heure travaillée au-delà de 35 heures dans la semaine (ou de la durée conventionnelle applicable) est considérée comme une heure supplémentaire, et doit à ce titre être majorée, généralement de 25 % pour les huit premières heures supplémentaires, puis de 50 % au-delà.

Pourquoi la durée réelle s'écarte souvent de ce seuil

De nombreux salariés à temps plein travaillent en réalité plus de 35 heures par semaine, avec en compensation des jours de repos supplémentaires, les fameux RTT. Le principe est simple : un salarié peut être amené à travailler par exemple 37 ou 39 heures certaines semaines, ces heures au-delà de 35 étant alors compensées non pas par une majoration de salaire immédiate, mais par l'octroi de jours de repos supplémentaires dans l'année, dans le cadre d'un accord collectif. Le résultat visible au quotidien est un horaire hebdomadaire supérieur à 35 heures, même si la durée moyenne sur l'année, une fois les RTT posés, se rapproche de la durée légale.

À l'inverse, une partie importante des salariés travaille à temps partiel, ce qui tire vers le bas la moyenne globale calculée sur l'ensemble des travailleurs, tous statuts confondus. C'est pourquoi des chiffres nationaux moyens, qui mélangent temps plein, temps partiel et différents statuts, ne reflètent ni la durée légale de 35 heures ni un horaire uniforme : ils résultent d'une addition de situations très différentes.

Le forfait jours, un mécanisme qui échappe au décompte horaire

Pour certains cadres dits « autonomes », qui organisent librement leur emploi du temps sans être soumis à un horaire collectif, un dispositif spécifique existe : le forfait en jours. Ces salariés ne sont pas décomptés en heures travaillées par semaine, mais en nombre de jours travaillés dans l'année, plafonné en général à 218 jours. Concrètement, cela signifie que la notion même d'heure supplémentaire à 35 heures ne s'applique pas à eux : ils ne sont soumis ni au seuil hebdomadaire de 35 heures, ni aux durées maximales quotidienne et hebdomadaire de droit commun. Des garanties minimales de repos demeurent malgré tout obligatoires (repos quotidien, repos hebdomadaire), mais le suivi du temps de travail se fait par jour, pas par heure, ce qui explique pourquoi de nombreux cadres au forfait jours n'ont, dans les faits, aucun repère horaire hebdomadaire précis à comparer aux 35 heures.

Une durée légale pensée comme un curseur, pas comme une norme unique

La durée légale de 35 heures a été conçue comme un point de référence à partir duquel se calculent les heures supplémentaires et certains droits associés (majoration salariale, repos compensateur), pas comme une norme d'organisation du travail imposée uniformément à toutes les entreprises. Un accord d'entreprise ou de branche peut fixer une durée collective différente, dans les limites des maximums légaux (en principe 48 heures sur une semaine, 44 heures en moyenne sur douze semaines consécutives, sauf dérogations). Le seuil de 35 heures reste alors le repère à partir duquel les heures supplémentaires se calculent et se majorent, même quand la durée réellement pratiquée dans l'entreprise s'en écarte.

Ce qu'il faut retenir avant de comparer sa situation à la moyenne

Comparer son propre horaire hebdomadaire à « la moyenne des Français » a peu de sens tant que le statut n'est pas précisé : un salarié à temps plein avec RTT, un salarié à temps partiel et un cadre au forfait jours ne se mesurent pas avec la même unité. Le réflexe le plus fiable reste de vérifier sa propre convention collective et son contrat de travail, qui précisent la durée collective réellement applicable et le mode de décompte utilisé (horaire classique, RTT ou forfait jours), plutôt que de se fier à une moyenne nationale qui agrège des situations trop différentes pour être comparables terme à terme.

À retenir

  • 35 heures est un seuil légal de déclenchement des heures supplémentaires, pas un maximum ni une obligation d'horaire fixe.
  • De nombreux salariés à temps plein travaillent davantage, avec des RTT en compensation des heures au-delà de 35 heures.
  • Le temps partiel, très répandu, tire vers le bas les moyennes nationales globales.
  • Les cadres au forfait jours sont décomptés en jours travaillés dans l'année, pas en heures hebdomadaires, et échappent au seuil des 35 heures.

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