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Outil du Jour
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Blog · Argent & travail

Pourquoi le taux horaire net d'un free-lance doit être bien plus élevé que celui d'un salarié pour un revenu équivalent

Reprendre le taux horaire d'un ancien salaire pour fixer son tarif d'indépendant est une erreur de calcul fréquente. Un salarié est payé pour toutes ses heures de présence ; un indépendant n'est payé que pour les heures qu'il facture réellement — et celles-ci ne représentent souvent qu'une fraction de son temps de travail total.

L'erreur classique : transposer un taux horaire salarié tel quel

Un salarié qui perçoit 2 200 € net par mois sur une base de 151,67 heures mensuelles a un taux horaire net d'environ 14,50 €. Le raccourci le plus courant, en passant en indépendant, consiste à viser ce même taux horaire pour ses prestations facturées, en se disant que le revenu final devrait être comparable. Ce raisonnement ignore une différence structurelle majeure entre les deux statuts : un salarié est rémunéré pour toutes ses heures de présence contractuelles, qu'il soit en pleine production, en réunion, en formation ou en pause, alors qu'un indépendant n'est payé que pour les heures qu'il parvient effectivement à facturer à un client.

Ce que le taux horaire salarié inclut déjà, sans que ça se voie

Le salaire d'un salarié couvre implicitement du temps non productif au sens strict : réunions internes, formation, temps de pause, périodes creuses entre deux missions, sans que cela affecte sa rémunération. Un indépendant, lui, doit financer ce même type de temps non facturable — congés, prospection commerciale, devis, comptabilité, veille, formation — uniquement à partir des heures qu'il facture. Le taux horaire cible d'un indépendant doit donc, à revenu net visé identique, être mécaniquement plus élevé que celui d'un salarié équivalent, pour compenser cette proportion de temps non rémunéré directement.

La méthode de calcul du taux horaire cible

Pour estimer un taux horaire de départ cohérent, il faut partir du revenu net visé, puis remonter jusqu'au nombre d'heures réellement facturables sur une année, en tenant compte de trois grandes déductions : les jours non travaillés (congés, jours fériés, maladie), le temps non facturable même les jours travaillés (administratif, prospection, formation), et les charges/cotisations propres au statut d'indépendant.

taux horaire cible = revenu net annuel visé ÷ nombre d'heures facturables réelles

Le nombre d'heures facturables réelles est presque toujours inférieur à ce qu'on imagine spontanément — c'est précisément ce qui rend le calcul naïf trompeur.

Exemple chiffré : de l'objectif de revenu au taux horaire réel

Prenons un indépendant qui souhaite un revenu net annuel de 26 400 €, soit l'équivalent visé de 2 200 €/mois sur 12 mois.

Étape 1 : jours réellement disponibles

  • 365 jours dans l'année, moins environ 104 week-ends et 11 jours fériés : environ 250 jours ouvrés.
  • Moins des congés et jours d'indisponibilité (maladie, imprévus) — comptons 25 jours : environ 225 jours travaillés dans l'année.

Étape 2 : part réellement facturable de ces journées

Même les jours travaillés, une partie du temps n'est pas facturable : prospection, devis, relances, comptabilité, veille, formation continue. Une hypothèse courante et prudente situe le temps réellement facturable autour de 60 % à 70 % du temps de travail total pour un indépendant en phase de croisière (souvent moins la première année). Avec 70 % de 225 jours à raison de 7 heures productives par jour :

225 jours × 7h × 70 % ≈ 1 102,5 heures facturables sur l'année

Étape 3 : le taux horaire cible

26 400 € ÷ 1 102,5 heures ≈ 23,90 € net par heure facturée, largement au-dessus des 14,50 € net/heure de l'exemple salarié équivalent — soit un écart de plus de 60 %, uniquement pour compenser le temps non facturable et les jours d'indisponibilité.

Ce taux horaire net doit ensuite être remonté en taux horaire hors taxes facturé au client, en intégrant les cotisations sociales et l'impôt propres au statut choisi (environ 21 à 22 % de charges sociales en micro-entreprise BIC/BNC, davantage en société), ce qui relève encore le tarif affiché final au-dessus du seul taux net visé.

Pourquoi cet écart surprend souvent les nouveaux indépendants

Un taux horaire qui semble élevé au premier abord pour un client — parfois le double d'un taux horaire salarié équivalent — ne traduit donc pas un tarif excessif, mais reflète une réalité arithmétique : sur une année, seule une fraction du temps de travail total d'un indépendant se transforme en heures facturées. Fixer son taux en calquant un ancien salaire horaire, sans intégrer cette part de temps non facturable, conduit presque toujours à un revenu final très inférieur à l'objectif visé, une fois toutes les heures non productives déduites.

Les hypothèses de ce calcul (taux de temps facturable, nombre de jours travaillés, taux de charges) sont des ordres de grandeur illustratifs à ajuster à sa propre activité, son secteur et son statut (micro-entreprise, société, portage salarial). Ce n'est pas un conseil fiscal personnalisé.

À retenir

  • Un salarié est rémunéré pour toutes ses heures de présence ; un indépendant n'est payé que pour les heures effectivement facturées à un client.
  • Le taux horaire cible d'un indépendant se calcule en divisant le revenu net annuel visé par le nombre d'heures réellement facturables, pas par le nombre total d'heures travaillées.
  • Sur un exemple à 26 400 €/an visé et environ 1 100 heures facturables, le taux horaire cible net dépasse 60 % le taux horaire d'un salarié touchant un revenu équivalent.
  • Ce taux doit ensuite intégrer les cotisations sociales et l'impôt propres au statut choisi pour obtenir le tarif final à facturer hors taxes.

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