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Blog · Argent & finances

Pourquoi un rachat de crédit ne fait pas toujours baisser le coût total

Le calcul « ancien taux contre nouveau taux » donne souvent un rachat de crédit gagnant sur le papier. Sauf qu'un rachat n'est jamais une simple substitution de taux : il s'accompagne de frais de dossier, d'indemnités pour solder les anciens crédits par avance, et de frais de garantie sur le nouveau prêt. Ces trois postes, souvent absents du premier calcul, peuvent à eux seuls faire basculer une opération rentable en opération à perte.

Trois frais qui ne figurent pas dans le taux affiché

Un rachat de crédits regroupe plusieurs prêts existants en un seul nouveau prêt, généralement à un taux et une durée différents. L'organisme qui rachète met en avant le nouveau taux et la nouvelle mensualité, mais l'opération génère systématiquement trois catégories de frais qui s'ajoutent au capital à rembourser.

1. Les frais de dossier du nouveau prêt

Comme pour tout crédit, l'organisme prêteur facture des frais de dossier pour étudier et monter le nouveau financement. Ils sont soit prélevés en une fois au déblocage des fonds, soit intégrés au capital emprunté (et donc financés à crédit eux aussi, ce qui les fait gonfler encore un peu plus avec les intérêts).

2. Les indemnités de remboursement anticipé (IRA) des crédits rachetés

Rembourser un crédit avant son terme, pour le solder dans le cadre du rachat, déclenche en principe une indemnité de remboursement anticipé au bénéfice de l'établissement prêteur initial. Elle est encadrée par la loi : pour un crédit à la consommation, elle est plafonnée (habituellement autour de 1 % du capital restant dû, ou 0,5 % si la durée restante ne dépasse pas un an), et certains crédits en sont exonérés selon les cas prévus par le contrat ou la réglementation. Pour un crédit immobilier, le plafond légal est différent (généralement l'équivalent de six mois d'intérêts sur le capital remboursé, dans la limite de 3 % du capital restant dû). Le montant précis dépend du contrat de chaque crédit racheté : il figure normalement dans les conditions générales ou peut être demandé directement à l'établissement prêteur.

3. Les frais de garantie du nouveau prêt

Selon le montant et la nature du rachat (avec ou sans une part immobilière), le nouveau prêt peut exiger une garantie : caution d'un organisme spécialisé, hypothèque ou inscription privilège de prêteur de deniers. Ces frais de garantie s'ajoutent au coût global de l'opération, au même titre que les frais de dossier, et ne sont pas toujours mis en avant dans la simulation initiale.

Exemple chiffré : où se situe le seuil de rentabilité réel

Reprenons une situation courante : un emprunteur rembourse deux crédits à la consommation, pour un capital restant dû total de 13 000 € et une mensualité cumulée de 300 € par mois sur une durée restante estimée à 48 mois. Une offre de rachat propose de regrouper ce capital en un seul prêt de 13 000 € à 5 % sur 84 mois, avec une nouvelle mensualité de ≈ 183,74 €.

💡 Coût total « taux et durée seuls », sans les frais annexes

183,74 € × 84 mois − 13 000 € ≈ 2 434 €

Comparé au coût du scénario sans rachat (environ 1 400 € d'intérêts sur 48 mois), le rachat coûte déjà environ 1 034 € de plus rien qu'avec l'effet mécanique de l'allongement de la durée — avant même de compter le moindre frais annexe.

Ajoutons maintenant les trois postes de frais réels de l'opération :

  • Frais de dossier du nouveau prêt : 250 €
  • Indemnités de remboursement anticipé sur les deux crédits rachetés (hypothèse : 1 % du capital restant dû de chacun, dans la limite légale) : environ 130 € (1 % de 13 000 €)
  • Frais de garantie (caution) du nouveau prêt : 180 €
  • Total des frais annexes : 250 + 130 + 180 = 560 €

💡 Coût total réel du rachat, frais annexes inclus

2 434 € (surcoût lié au taux/durée) + 560 € (frais) = 2 994 €

Le surcoût réel du rachat par rapport au maintien des crédits actuels atteint donc environ 2 994 €, et non 1 034 € comme le calcul simplifié le laissait penser. Les frais annexes representent ici plus du tiers du surcoût total.

Le seuil de rentabilité : quand le rachat redevient intéressant

Ce calcul ne veut pas dire que le rachat de crédits est toujours une mauvaise opération. Il montre surtout que le seuil de rentabilité réel — le point à partir duquel un rachat fait effectivement gagner de l'argent — est plus exigeant qu'il n'y paraît. Pour que l'opération soit gagnante en coût total (frais compris), il faut généralement l'une de ces conditions :

  • Un écart de taux suffisamment important entre les crédits rachetés et le nouveau taux proposé, pour que l'économie d'intérêts dépasse largement les 560 € de frais de l'exemple.
  • Une durée qui ne s'allonge pas ou peu : dans notre exemple, c'est l'allongement de 48 à 84 mois qui pèse le plus lourd dans le surcoût, bien davantage que les frais annexes eux-mêmes.
  • Des indemnités de remboursement anticipé faibles ou nulles : certains crédits (notamment les crédits renouvelables ou certains prêts récents) peuvent en être exonérés, ce qui réduit d'autant le coût de l'opération.

Le seul indicateur qui intègre légalement l'ensemble de ces frais est le TAEG (taux annuel effectif global) du nouveau prêt : il doit être comparé, non pas au taux nominal des anciens crédits, mais au coût total réellement supporté sur toute la durée, frais annexes compris. C'est ce chiffre — et non la seule baisse de mensualité — qui permet de savoir si un rachat de crédit fait vraiment gagner de l'argent.

À retenir

  • Un rachat de crédit génère systématiquement trois postes de frais annexes : frais de dossier, indemnités de remboursement anticipé des crédits soldés, frais de garantie du nouveau prêt.
  • Dans l'exemple chiffré, ces frais représentent environ 560 €, sur un surcoût total réel d'environ 2 994 € par rapport au maintien des crédits actuels.
  • Le seuil de rentabilité réel d'un rachat dépend surtout de l'écart de taux et de l'allongement de durée, les frais annexes venant s'ajouter en plus, pas remplacer ce calcul.
  • Comparer sur la base du TAEG (frais compris) du nouveau prêt, pas seulement sur la mensualité ou le taux nominal affiché.

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